Uomo universale

Fin d’après-midi, nous nous rendons au Musée d’art moderne où nous découvrons un autre trésor incommensurable, à savoir l’œuvre du peintre Erol Akyavaş, décédé en 1999. Nous jouons de chance puisque nous tombons sur une richissime rétrospective couvrant les tableaux réalisés entre les années 50 et les années 90.

Akyavaş a étudié en Europe et aux Etats-Unis. Grand artiste, mais également grand intellectuel, cet homme de la Renaissance et du postmodernisme circule, dit-on, entre l’Est et l’Ouest, ce que démontre d’ailleurs son intérêt pour les arts islamiques, le soufisme, la calligraphie, mais également pour les arts figuratifs de l’Aurignacien et du néolithique, tout comme pour la miniature, le cubisme, le surréalisme et différents mouvements contemporains. De là à prétendre qu’il fasse une synthèse de l’Orient et de l’Occident, je crois que c’est un pas qu’il ne faut pas franchir. Ou si c’est le cas, ce n’est que dans la mesure où il insiste sur l’écart que rencontre en lui-même le sujet, sur sa division lorsqu’il accède à l’expérience mystique.

Bref, un travail colossal qui nous fait penser à celui de Picasso par lesdegrés d’intensité qui font jouer le rapport entre l’espace, la matière et les objets des toiles. Akyavaş produit une sorte d’étrange et rigoureux réel dans des espaces

qu’on pourrait presque qualifier de schizo-analytiques ou de schizo-dynamiques. Tout devient dérouté : les murs éclatent et sont défaits, les lieux d’enfermement sont détruits, explosés, tout ce qui fait Un se voit volatilisé, cependant que les corps, comme (mais pas seulement) dans la série d’icônes où les corps sont mis en scène dans leur violence archaïco-sexuelle. Au lieu de s’en tenir aux représentations du corps imposées par la société, Akyavaş propose une interrogation de l’humain tel que ce dernier se rencontre dans ses rêves, lorsque l’espace-temps déplace le passé, le présent et le futur sous des éclairages que seuls rendent possibles les intensités libidinales.