Strip-Tease

Au musée de Céret, après avoir vu quelques superbes Tàpies, Les gens du voyage, de Chagall, une exposition de Miquel Barceló (Terra Ignis) de même que son Paret seca – un work in progress que je qualifierais de Mur des lamentations, en notre époque qui voit se multiplier de par le monde les parois d’exclusions  –, nous rencontrons L’invité, du grand artiste catalan Joan Brossa, un ami de João Cabral de Melo Neto, l’un des poètes brésiliens qui a le plus compté pour moi. Il s’agit d’une inquiétante composition de poésie visuelle qui détourne les codes de l’hospitalité pour souligner qu’ils peuvent parfois introduire à l’horreur la plus crue, extimant le fonds obscur de l’humain.

.De fait, Brossa propose une mise en scène cynique mais en quelque sorte hypnagogique de la torture telle que l’appliquait le Generalísimo Francisco Franco, Caudillo de España por la Gracia de Dios. La puissance d’évocation de la cruauté pure surgit de l’installation luxueuse et raffinée : la chaise du convive condamné est flanquée du fameux garrot utilisé en Espagne jusqu’en 1975 pour les exécutions jusqu’à la mort du dictateur. Le dernier repas devient ainsi le moment de l’Inquisition absolue, happening de la folie. Et cet implacable déshabillage de l’âme, performance ultime du supplice, noue le tourment des commensaux – comment ne pas entendre la rime avec tourtereaux ? – dans les abîmes de la jouissance.