Pouvoir et Savoir

Est-ce l’histoire de l’université Boğaziçi (du Bosphore) qui la destinait à accueillir le premier colloque arménien a avoir lieu en Turquie même si, à l’origine, son fondateur – le philanthrope new-yorquais Christopher Rheinlander Robert exigea que l’institution adopte une neutralité politique et ne fasse aucune distinction entre les races, les religions et les nationalités dans le processus de sélection des étudiants?

Fruit de la collaboration de Robert et de l’éducateur et architecte Cyrus Hamlin, ce magnifique campus fut fondé en septembre 1863 et porta d’abord le nom de Robert College. Il s’agit de la plus ancienne université américaine hors des Etats-Unis, ce qui explique que la langue d’enseignement y fut et y est l’anglais. Chacun à notre tour, Christian et moi allons durant les pauses faire promenade dans les somptueux boisés, histoire d’admirer l’architecture des bâtiments et du paysage. Le déjeuner sera servi devant le Albert Long Hall, où se tient le colloque.

Quelle ouverture rend donc possible cet événement organisé par la HrantDink Foundation avec l’aide du milliardaire Osman Kavala ? Le pouvoir turc aurait-il renoncé au négationnisme ?  On  peut légitimement en douter. Cette « permission » aurait-elle à voir avec les négociations avecl’Union européenne ? Est-ce plus radicalement parce que, comme l’affirmait

l’économiste et politologue Ahmet Insel dans une entrevue au quotidienVatan (La patrie), « le mur de la peur s’est fissuré » en Turquie?