Points de capiton

Notre père fut rembourreur – en France, on dit plutôt tapissier – et décorateur dans un grand magasin et un hôtel huppé de Montréal. Toute mon adolescence durant, je le vis travailler dans son atelier et c’est avec lui que j’appris les secrets de l’intérieur des fauteuils et des divans. Au rez-de-chaussée d’un immeuble où nos amis Sophie Visier et Michel Fruitet possèdent un petit appartement, nous rencontrons un artisan qui fait exactement les mêmes gestes que je connus il y a si longtemps. C’est pour moi un immense plaisir que de discuter avec lui, d’observer quelques instants son travail, me remémorant l’autrefois. Comme si je construisais à ce moment-là, en terre catalane, un relais, une connection à travers les âges. Voilà le siège du futur, étayage psychique de ce qu’il choisira de devenir.