Nous mais les autres

En route pour la Casa Musical, afin de donner nos conférences à l’association Le fil à métisser, nous traversons St-Jacques, le quartier gitan de Perpignan. Un périple fellinien, au cours duquel nous, les Métèques, déambulons avec nos bagages en demandant à chaque detour notre chemin. “Vous montez là, tout en haut. Vous allez à droite… ou à gauche.” Sophie Visier transporte rien de moins que l’écran dont elle a besoin pour projeter son vidéo sur le “dépôt d’empreintes” durant la soirée.

.Voilà donc un quartier où, suite à la crise économique des années 70, les attitudes discriminatoires à l’égard de ses habitants, désormais sédentarisés, ont fait s’effondrer le fantasme républicain de la cohabitation harmonieuse lequel, s’il peut donner voix à la traversée du trauma par intégration via une langue et une culture tierces, en vient parfois à fonder un processus de répression. Pourtant, les clivages sociaux pourraient être surmontés, en autant que soient favorisés les échanges entre tous les citoyens, qu’ils soient catalans, gitans et “arabes”. Opter, plutôt que pour la xénophobie parfois à peine voilée, pour ce que Jean-Claude Carrère nomme à juste titre une “légimité partagée”, elle-même étayée sur la production d’une “intelligence collective”.