Les voies de l’extermination

Comment les peuples et les civilisations peuvent en venir aux atrocités que nous connaissons, voilà un Mystère de l’Existence qui relève sans doute de la métaphysique. Les procédures de déportation firent en tout cas souvent partie dans le monde moderne des génocides et l’historien britannique Arnold Toybee, sans employer le terme qui à l’époque n’avait pas été forgé, réfléchît à la question dans son livre The Armenian Atrocities. The Murder of a Nation, publié en 1915. Jean Jaurès fut lui aussi bouleversé par ces événements et prononça d’ailleurs plusieurs discours sur la question arménienne, lesquels prenaient en compte les massacres de 1894-1896 commis sous Abdülhamid II et ceux d’Adana, perpétrés en 1909 à l’époque de la révolution jeune turque.

 

Nous visitons, avec Janine Altounian, la gare d’Haydarpaşa, située sur la rive asiatique d’Istanbul, C’est de là que partirent, dans la nuit du 24 au 25 avril 1915, quelques deux-cent cinquante membres de l’élite arménienne pour les camps d’internement anatoliens. Comme le rappellent Laure Marchand et Guillaume Perrier, cette date marque symboliquement le début du génocide et c’est pourquoi, chaque année, y a lieu une cérémonie commémorative.