Le « moviment » de Mahmud II

Construit par l’architecte arménien Baylan vers 1830, le mausolée du sultan Mahmud II Türbesi (l’infidèle, Gavur Sultan) est situé dans le vieil Istanbul, classé patrimoine mondial de l’UNESCO, plus précisément dans le quartier de Sultanahmet sur l’ancienne voie impériale. L’édifice, splendide et sobre, abrite également les tombeaux de son fils Abdüllaziz I, et de son petit-fils Abdülhamit II. Dans le cimetière, les membres de la famille impériale reposent en paix, mais des sépultures plus récentes y ont pris racine au fil du  temps. Juste en face, les rues Piyer Loti et Klofarer rappellent la mémoire de deux écrivains français amoureux de la ville. Tout ici appelle le recueillement, y compris dans la mise en scène du mythe de la Grande Turquie.

Que de couches et de peuples, que de grandeurs et de dénégations dorment en effet dans le marbre blanc de ce logement ! Car sitôt que l’on ouvre le Temps, que l’on y entre de plaine psyché, sitôt que l’oncommence à sentir le bougé de l’Histoire, sitôt que l’on creuse les fondements du Symbolique, l’on aperçoit moult cendres fumantes. L’on se souvient alors que sous l’empire ottoman gît Byzance (fondée par le Grac Byzas en 657 av. J.-C.), que l’empereur Constantin renomma cettedernière la Nouvelle Rome en 324 ap. J.-C. Puis que, sous la Turquie moderne, édifiée sur ces ruines, vivent également, cachés, refoulés, plus ou moins muettes, des foules aux

langues nombreuses, en mal de parole. Quand ces voix trouveront-elles leurs échos dans le vivre-ensemble Orient-Occident qui peine à s’esquisser ?