Le Campo Santo

À Perpignan se trouve un magnifique ensemble de style gothique édifié dans le premier tiers du XIVe : le cloître-cimetière de Saint-Jean, lequel jouxte la cathédrale. Creusé en 1321, l’ossuaire central abrite les os et les cendres de centaines, peut-être de milliers de disparus.

Or, du moment où cette place étale s’offre à nos regards, ces ruines humaines ne continuent-elles pas à persister dans la psyché? Le lieu devient alors lui-même trace ou mieux, gisement de traces, que l’on peut fouiller comme une mine de morts. Quoi que l’on tente d’effacer, cela revient toujours, souvent sous forme de symptôme. De fait, c’est folie que de croire en l’effacement comme vecteur de l’oubli du crime. À plus forte raison lorsqu’il s’agit de meurtres de masse et de génocides. Toujours, inévitablement, un corps, un signe, un bout de Réel continuent de hanter nos pensées et nos gestes.