L’araignée et ses fantômes

Au Carré Sainte-Anne, à Montpellier, une installation de Chiharu Shiuta, une jeune artiste japonaise qui travaille à Berlin et a été élève de Marina Abramović. After the Dream transforme la nef en une sorte d’étrange cocon géant dans lequel on dit que ‘”le public pourra se perdre… et peut-être penser à rêver dans un nouveau monde préservé, inscrit dans l’espace comme une mise en abyme.” Soit. Quelques vers du poète brésilien João Cabral de Melo Neto, traduits par son compatriote Haroldo de Campos, déplacent toutefois cette image réconfortante et ouvrent sur une inquiétante étrangeté en fournissant la mesure de la salive que secrète de l’araignée. Voilà donc la transcréation de ces emberlificotements:

 A aranha passa a vida

Tecendo cortinados

Com o fio que fia

De seu cuspe privado

.

L’araignée passe sa vie

A tisser des rideaux

Avec le fil qu’elle file

De sa salive privée.

Au coeur du dispositif arachnéen de l’artiste, une spectralité peut ainsisaisir le spectateur, ou le fidèle. comme si ce réseau de toiles donnait à voir la pulsion même et ce qui de l’inconscient

fait nouage avec le traumatique. D’ailleurs, à contempler les quatre magnifiques robes suspendues à plusieurs mètres du sol, ne sont-ce pas des femmes absentées, déshabitées de leurs corps, anges tragiques, étêtés, qui apparaissent dans les hauteurs du néant? Que reste-t-il de soi(e) une fois traversé ce baveux labyrinthe?