Graphes du désir

La restauration d’un siège suppose plusieurs étapes, dont celle de disposer la garniture – une masse de crin dont l’épaisseur varie selon le style de l’assise – sur laquelle on fixe une toile en la rabattant et en la piquant à l’aide de points. Dans l’atelier du rembourreur, par association, son art me fait rêver à la cartographie d’un territoire d’affects composé de croisements et d’entrelacements, espace poétique que je ne m’attendais nullement à re-trouver en ce lieu. En outre, le panneau de contrôle électrique de l’édifice, qui se trouve dans son lieu de travail, indique une demande d’énergie qu’il partage avec les propriétaires. Un tissu humain se crée dans la beauté des relais, comme quoi le désir est toujours désir de l’Autre.

Mille fils, milles connexions, mille relais se cherchent, se déplacent, se diffractent, comme en un rêve, prenant peu à peu ou soudain figure en se nourrissant des flux qui participent des processus de subjectivation. La question ne cesse de se reposer : comment passer de la quantité à la qualité, par quel saut quantique? Un ligne se trace, en rencontrent une autre et surgit alors sur la toile — au gré d’un fantasme ou d’une projection  — l’annonce d’une forme grosse de représentation. L’art du rembourreur n’est pas simplement, comme on pourrait le croire, un travail manuel; c’est un véritable travail de passe, de pensée, qui fait vivre la culture. Il produit de l’étayage, de la suite.