D’une langue l’autre

Janine Altounian, mon fils et moi assistons donc à la première journée de ce colloque « historique ». Les participants sont très nombreux, la salle est pleine à craquer durant toute la journée. Le rythme est intense : après les quatre allocutions d’ouverture – dont une prononcée par Madame Rakel Dink, la veuve de Hrant Dink –, une douzaine de communications s’enchaînent dès la première journée en anglais, en truc et en arménien. Je suis particulièrement intéressé par celles de Selim Deringil, qui vient parler des conversions de masse durant les massacres hamidiens entre 1894 et 1897, et par Altuğ Taner Akçam, professeur turc travaillant au Centre pour l’étude de l’Holocauste et des génocides de l’université du Minnesota, qui nous parle de son côté de l’assimilation en tant qu’élément structural de la conversion des Arméniens.

À l’entrée de la salle de conférence, il est possible de « louer » un appareil mobile nous donnant accès aux traductions simultanées. Il faut, pour ce faire, déposer une carte d’identité ou, pour les étrangers, un passeport. Point à noter : la traduction est pour chacun de nous, qui parle au moins quatre langues, un enjeu majeur de la vie psychique, affective et professionnelle. Comme quoi, si la traduction perd, elle permet tout aussi bien de gagner. Pour ma part, loin d’être lost in translation, j’ai par conséquent l’impression d’assister – voire d’y jouer – à un film de Nurith Aviv assaisonné aux épices d’Édouard Glissant.