Disparitions

Nous prenons le temps de lire les plaques relatant l’histoire de sa construction par les Allemands en 1909. Il devient vite évident que  les versions turque, anglaise et allemande diffèrent de manière significative, non pas tant à cause de la traduction, mais à cause du fait que les récits sont organisés dans le but de maintenir chez les Turcs le déni de la tragédie. De toute manière, fermée depuis 2012, la gare semble avoir presque perdu la mémoire des convois de mort comme des convois de vie : les trains à grande vitesse vers Ankara, le Trans-Asia-Express vers l’est du pays et Téhéran, le Taurus-Express vers Bagdad. Sera-t-elle transformée comme le souhaitent bien sûr des promoteurs immobiliers en hôtel de luxe ? On ne sait pas encore, mais ce qui frappe, c’est l’étrangeté de ce lieu où des activités bureaucratiques se poursuivent, mais où les passagers qui descendent des bateaux accostant juste à côté traversent les quais comme des spectres.