Des femmes arméniennes

Nous sommes tout près de l’hôtel Osmanbey, dans Feriköy, à l’église arménienne Surp Vartanants. Pas un siège de libre. C’est un jour spécial parce qu’il y a une activité sociale de collecte de fonds pour l’école qui la jouxte. La cérémonie est des plus émouvantes et manifestement, pas que pour nous, mais pour tous les fidèles réunis comme, évidemment, pour Janine Altounian. Le prêche du prêtre frappe droit au cœur et à la psyché.

À l’avant, une femme paraît presqu’en extase, comme la sainte Thérèse de Bernini, que les éditeurs de Lacan mettent en couverture du séminaireEncore consacré entre autres à la jouissance de la femme, avec sa dimension mystique. À moins que par « transfert migratoire », l’on fantasme sur Jeanne d’Arc brûlée vive à Rouen… ou que l’on se prenneà rêver aux martyres sainte Rhipsimé et sainte Gaïané. La première, qu’aurait voulu selon la légende marier l’empereur Dioclétien à cause de sa grande beauté, aurait refusé et se serait enfuie dans les grottes de l’Ararat. Elle y aurait rencontré Gaïané, qui avait épousé avec d’autresvierges la vie monastique. Or, le sort voulut que le roi d’Arménie, Tiridate,s’éprenne, lui aussi, de sainte Rhipsimé, qui refusa son amour. Courroucé, le roi lui fit alors arracher les yeux et elle fut, comme la sainte française, brûlé vive, avant que son corps ne fut découpé.

La sainte chrétienne Gaïané, qui voulut récupérer son corps, eut la tête tranchée. Mais lorsqu’il se convertit à la chrétienté, le roi païen Tiridate fit construire trois églises en leur honneur. Leur relique sont d’ailleurs encore aujourd’hui vénérées à Etchmiadzin, à 20 kilomètres seulement d’Erevan, la capitale de l’Arménie.