Traces déposées

Construits au IIIe siècle av. J.-C., les ports de guerre puniques de Carthage sont le symbole de l’« Empire de la mer » de l’Antiquité, au point où les historiens la désignent comme une thalassocratie du bassin méditerranéen. La légende de Didon met en récit l’origine de la Nouvelle Ville (c’est le sens de Qart Hadasht), fondée en 814 av. J.-C. par des gens venus de Tyr, et le grec Appien en décrit la vie, qui inspirera Flaubert.

.Nous longeons le mythe même, c’est-à-dire la lagune circulaire, qui abritait, dit-on, une impressionnante flotte de 170 à 180 navires !, et nous imaginons, au-delà de la maquette qu’abrite une petite salle, le pavillon de l’amiral, qui était situé en plein centre et surveillant également le port de commerce comme la vaste ouverture sur la mer. Bien sûr, certains visiteurs restent déçus – si l’on excepte les amoureux qui s’y retrouvent : les grands ports carthaginois puis romains sont envahis d’herbes folles et de broussailles, bien moins luxuriantes que les masses de figuiers, de sycomores, de cotonniers et de vignes qui nourrirent Salammbô.

.Il s’agit, à deux pas des jardins d’Hamilcar et des thermes d’Antonin, d’un patrimoine presqu’intangible, quasi immatériel, hormis quelques rampes de lancement ou ce reste de colonne romaine. Et pourtant, il suffit d’ouvrir les yeux et les oreilles pour reconnaître là, tout juste là, le lointain. Car qui ne sait que toute pierre parle, même lorsqu’elle se confond avec la terre et la poussière des os et des cendres ?