Mémorial

Matière en passe d’imploser dans sa structure même, mémoires en passe de s’effacer… voilà ce qui frappe lorsqu’en faisant nos premiers pas dans le Mémorial de la Shoah, à Paris, nous longeons un autre mur, celui des NOMS. Sont inscrits là ceux de 76 000 Juifs, dont 11 000 enfants, ayant pour la plupart péri à Auschwitz-Birkenau, mais aussi dans d’autres camps, entre 1942 et 1944. Comme les 1001 nuits, ce nombre innombrable donne à entendre le caractère en quelque sorte interminable du meurtre collectif, qui n’en finit plus de se répéter, comme impossible à exténuer, au-delà du principe de mort. L’esprit concentrationnaire survit en effet à toute tentative de le réduire. On aura beau graver les noms pour lutter contre l’éradication des humains, lever le refoulement organisé, il semble que la pulsion de destruction se perpétue à l’infini, plus forte que toutes les dignités. Ne faut-il pas pourtant persister, sous peine de nous abîmer dans la sidération délétère ?  Ne faut-il pas persister ? Mais au nom de quoi, au nom de qui ? Au moyen de quelles langues ? Les assassins ont beau oublier leurs crimes, les fantômes continuent à rôder.

.C’est bien ce qu’indiquent les milliers de fiches composant le registre de l’extermination et conservées avec force soin. Leur aspect systématiquerelève presque du rêve, provoquant en nous l’ébauche d’une hallucination qui nous fait traverser en un instant l’histoire de l’homme jusqu’à l’homo sapiens, apparu il y a environ 200 000 ans. Sa supériorité en termes

de capacités à aménager son territoire n’a d’égal que celle de sa propension à éliminer tous ceux qui y pénètrent. Est-ce cela qu’on appelle son hospitalité ?