L’homme et la mer

Un homme regarde la mer. Entend-il déjà le chant du crépuscule qui se lève en son immensité ? Voit-il dans le flou de l’air celle qu’il aime ou pleure-t-il déjà celle qui le quittera un jour et dont la présence fantômatique n’aura percé que par sa voix de sirène ? Et cette bicyclette sienne, où la conduira-t-elle : au port ou à son lieu de méditation ? Et pense-t-il, comme le Santiago de Hemingway, à la lutte sans merci qu’il a livrée contre les flots infinis et au poisson mythique, son « frère », qu’il vaincra un jour ?

« La mer ! Partout la mer ! Des flots et des flots encore », s’exclame Victor Hugo, tout à la fois angoissé et fasciné par le mouvement perpétuel. Ma propre mère adorait ce poète, dont les vers, soutenait-elle, lui avait été transmis par son père.

Et nous, regardant cet homme, que poursuivons-nous de souvenirs et de voix intérieures à jamais oubliés ? Littoraux des humains qui tissent les fils du destin.