Les transactions de la mémoire

Nous voilà au marché informel d’El Jem, où, entre les fruits, légumes, viandes, poissons, huiles et épices de toutes sortes, un immense recyclage a lieu. C’est ici que les mille et uns objets domestiques légués au marchand, achetés ou récoltés, bien classés sur les étals, attendent les futurs maîtres qui leur offriront une nouvelle vie. Rencontre quasiment surréaliste et qui tient d’une véritable esthétique de la mémoire culturelle, ces objets au devenir scrap évitent ainsi l’oubli et la destruction auxquelles ils étaient destinés.

.Il s’agit de garder vivants le travail et le jeu, en une composition généalogique jubilatoire convoquant les réminiscences les plus hétéroclites. Sans facture aucune, l’histoire se réécrit, au cœur des transferts de sensibilités et d’affects circulant par les objets d’un humain l’autre. Un homme nous arrête et trace sur l’une de ses mains les récits de la construction de ce haut-lieu de la ville où s’inscrivent les marques du dialogisme qui donnent forme à l’espace public et propagent la parole.