Le pur espace

Divine promenade à Monastir avec les amis : Jaouida et Essedik Jeddi, Azouz Mansour et sa fille Sara, Refaat Bouzgarrou,Sophie Visier, Michel Fruitet, Selwa et Fouad Benchekroun. Et là, cette porte, quelque peu abandonnée, nous offrant la bouche de la mer, comme en un écho au grand arc de Mahdia. Séparant en les unissant deux espaces, limite entre la rue et la jetée. Mais également, plus loin en nous, le monde qui se donne là, dans la pleine lumière, et nos mondes intérieurs, invisibles et annonçant pourtant l’Ouvert (das Offene) dont parle Rilke dans l’une de ses Élégies à Duino.

.Comme en rêve, nous amassons des matériaux hétérogènes, nous laissons les impressions faire leur œuvre, nous déplaçons, condensons, élaborons, transcréons sans même nous en rendre toujours compte. En apparence, nous semblons à des années-lumières de notre projet. Et pourtant, il suffit de chausser nos bottes de sept lieues psychiques et nous revenons à notre adresse, effectuant dans les replis de l’inconscient les relais de poste qui s’imposent. Car plusieurs de nos amis que je viens de mentionner sont de celles et ceux qui, chacun à leur manière, réfléchissent en toute intensité aux questions posées aux humains par les grands crimes de masse, traumas à la fois subjectifs et collectifs. Au passage de cette porte, de l’autre côté du seuil, continuer à en discuter, même dans les moments de silence, plongés dans l’accueil de ce qui vient.