Je me souviens

Toujours Paris, rue des Deux Ponts, entre l’IMA et le Mémorial de la Shoah. Nous tombons sur une plaque commémorant la déportation dans des camps allemands en 1942 des habitants d’une maison parmi d’autres. Or, la mémoire événementielle dont cet écriteau, comme tant d’autres, est le garant – « Pensez ceci en mémoire de nous ! – fait de suite émerger la mémoire spécifique de l’inconscient, telle que Freud l’a dépliée. Cette dernière, Lacan la qualifiera de mémoration et dira que l’on ne peut l’atteindre que par la remémoration, que le psychanalyste canadien Dominique Scarfone désigne comme un ‘se rappeler à soi’ à la faveur du signifiant. Mémoire de l’oubli se fondant du refoulement, lequel ne cesse de faire retour. Le temps psychique ne passe pas et sert ainsi – c’est là sa force et son intensité – d’étayage au travail de culture, avec tout ce qu’il comporte de zébrures psychiques, ineffaçables parce qu’en ces régions règne l’après-coup. Jamais plus le meurtre, prétend-t-on ? Mais il participe du devenir de l’humanité et seule une écoute de l’intersticiel peut nous amener, non pas à le transcender, mais à envisager l’au-delà en nous de la destruction, là où l’érotisme nous permet de quitter la fascination morbide des corps à annihiler.
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“Et puis, il y a tant de ces plaques et de ces lieux de rappelance. Lisonsensemble: “À la mémoire des 112 habitants de cette maison dont 40 petits enfants déportés et morts

dans les camps allemands en 1942″
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Or de mémoires en écritures, les archives de la mort se multipliant en moult lieux appellent avec force le vivant.