Cimetière marin

Toujours à Mahdia, qui porta les noms de Jemma, d’Aphrodisium puis de Cap Africa. La ville, située du côté ouest de la presqu’île, servit aux Phéniciens et au Romains de comptoir, puis fut occupée par plusieurs peuples avant d’être dévastée par les Espagnols en 1555.

Au bord de la Méditerranée, un magnifique cimetière marin abrite ceux et celles qui vécurent ici. Tradition mahdoise oblige, le jeudi après-midi, ainsi que les jours des Aïd, les familles leur rendent visite, parfois accompagnées de troupes musicales, afin de ne jamais les oublier.

De la forteresse jusqu’à la mer, sur le promontoire, des milliers de tombes d’une blancheur éclatante, éparpillées sur un lit de verdure et de fleurs sauvages. Sur le rivage, un groupe de femmes lave de la laine, tandis qu’en toile de fond se dresse le phare et, plus loin, l’unique arche de la porte de la mer, vestige du port phénicien creusé dans le rocher.

Impossible pour moi d’oublier le grandiose poème de Valéry, dont cette strophe-ci souvient à ma mémoire et rejoint les mystères du miroir explorées par Ibn’Arabî :

Les morts cachés sont bien dans cette terre

Qui les réchauffe et sèche leur mystère.

Midi là-haut, Midi sans mouvement

En soi se pense et convient à soi-même

Tête complète et parfait diadème,

Je suis en toi le secret changement.