Artcurial

Christian voulait me faire connaître ce lieu, qu’il avait adoré. Nous nous rendons donc place Charles-de-Gaulle, anciennement place de l’Étoile, alors que nous devions en fait rejoindre le rond-point des Champs-Élysées. Artcurial – Briest, Poulain, Tajan –, une maison de vente d’œuvres d’art, présente toujours plusieurs expositions. Quelques magnifiques pièces, dont des dessins d’Hans Bellmer et les lettres manuscrites d’Unica Zürn au Docteur Ferdière.

.Et – ô miracle !, du moins pour moi – nous tombons cette fois sur une exposition présentant une série de toiles d’Enki Bilal, de la sérieOxymore. À la librairie, nous y découvrons également Les fantômes du Louvre. En une fraction d’instant, je suis happé par une transversale de l’histoire : toujours la mémoire…Sarajevo n’est jamais loin pour l’artiste né à Belgrade… Toujours la mémoire donc, en ce qu’elle ne cesse de re-jouer du traumatique de tous les humains – nous y compris –, qu’ils le sachent ou non, le présentifient ou non à travers leur existence.

.Au cœur de cette invitation au voyage surgit le tableau intituléChessboxer, peint en 2012, et qui sera vendu 151 600 Euros. Du coup, nous replongeons à la maison Ifriqiya, à El Jem, où une céramiqueouvrait à semblable vision d’un homme livrant combat à quelque grand fauve, glissant dans la part animale de lui-même, au plus près de l’altéritéradicale. La fulgurance

de la rencontre entre deux œuvres si éloignées dans le temps – entre l’art islamique et un art venu de l’antique colonie romaine, Singidunum – (Belgrade), nous traverse en un éclair. Nous persistons vers nous-mêmes, à jamais autres.