Abolis bibelots

Devant le colisée, une boutique, que je prends d’abord pour une échoppe comme dans les souks, mais qui n’est en fait au plus qu’un réduit. Nous entrons. À cette époque de l’année et, sans doute, à cause de l’après-coup du Printemps arabe, pas un client. Nous sommes donc seuls avec le maître des céans qui continue à vaquer à ses occupations, comme s’il ne nous voyait qu’à peine, comme si de rien n’était.

.Nous frappent la construction de la scène et la « disposition » des articles, évoquant maint rêve vespéral. L’étrangeté de l’endroit vient en effet du fait que plusieurs époques, réelles ou feintes, sont exposées dans un présent qui  possède la force des mirages. Nous avons la sensation de marcher dans une fourmilière d’objets en tout genre : bijoux et breloques, amulettes supposées, figurines et statuettes, vases et cinéraires amphores, tapis, céramiques, poteries et autres artefacts mariant le vrai et le semblant. Je me demande s’il ne se cache pas là, au milieu de ce tableau en trois dimensions, l’échelle de Mahomet, ce seul objet dont le Néant s’honore. Peut-être pourrais-je y voir, comme si je traversais le mur du Réel, l’ange Gabriel, (Jibrīl), l’Esprit fidèle, celui-là même qui informa Muhammad dans la grotte du mont Hirā, monter jusqu’à Dieu. C’est pourquoi je cherche dans le fatras de la boutique quelques pierres précieuses qui seraient inopinément tombées de ses ailes. Car il est dit (sourate XXXV-1) que Dieu le Tout-Puissant ajoute à la création autant qu’il le désire, jusqu’aux licornes ruant du feu contre une nixe.